Il m’arrive d’entendre de quelques lecteurs et lectrices qu’ils et elles n’aiment pas l’autofiction. Pour citer la quatrième de couverture de La règle du Je de Chloé Delaume (PUF), elle-même auteure pratiquant l’autofiction : « L’autofiction serait l’horreur. Le narcissisme, le nombrilisme et la vacuité, son destin. Et si c’était faux? Et si, loin de représenter le degré zéro de la littérature contemporaine, l’autofiction en incarnait l’excellence? » S’il est impossible d’aimer ou de détester l’autofiction, tant le spectre de ce que cela représente est large, l’on ne peut qu’admettre qu’une part importante de ce qui se fait d’intéressant en littérature aujourd’hui en est issue. Gardons en tête que les rapprochements entre des romans et la vie d’autrices ont tout le temps servi à discréditer l’écriture des femmes, jugées pratiquement incapables de fictionnaliser le réel (qu’on pense à Emily Brontë ou, ici, à Laure Conan), et que des dénominations réductrices, telle « écriture de l’intime », systématiquement accolées à des autrices, les sous-entendent incapables d’atteindre une certaine universalité par l’écriture. Il semble toutefois qu’une part des préjugés envers l’autofiction se soit dissipée.

En 2018, l’autofiction se porte à ravir et je parlerai dans les prochains textes de trois textes autofictionnels que j’ai appréciés pour des raisons totalement différentes : Grosse de Lyndia Dion (Septentrion, collection « Hamac »), « Mille » de Maude Veilleux, tirée du collectif Corps, dirigé par Chloé Savoie-Bernard (Triptyque), de même que de Sexe de Christophe Donner (Grasset).

– Maxime Nadeau