Les éditions Séguier se disent « éditeur de curiosités », et elles en publient effectivement de fort belles! Je pense notamment à La nuit du revolver de David Carr, à Ecstasy and me de Hedy Lamarr et aux biographies d’Andy Warhol et de Régine Deforges. De ce qui m’intéressait chez eux, rien ne m’a encore déçu. Surtout pas Cocaïne de Pitigrilli, de son vrai nom Dino Segri (1893-1975).

Dans Cocaïne, roman italien publié en 1921, un jeune dandy devient journaliste. À sa première affectation, il doit enquêter sur la cocaïne et, par un souci journalistique que ne renieraient pas les journalistes gonzo, en prisera lui-même. Il tombe rapidement accro et, ne pouvant se rendre à temps à sa deuxième affectation, écrit un long article sur l’événement auquel il n’assiste pas et qui… n’a finalement pas lieu! Qu’à cela ne tienne, son article obtient un retentissant succès, et ceux qui prétendent que l’événement n’a pas eu lieu sont traités de menteurs. Nous suivons ensuite les pérégrinations de notre antihéros libertin, à travers ses prises de cocaïne, ses amours et ses voyages, dans un roman satirique aux dialogues acides savoureux, étonnamment moderne (notamment par ses propos progressistes sur l’avortement).

Avec une audace et une intégrité intellectuelle hors pair, les éditions Séguier ont inclus en postface de Cocaïne une courte étude critique de l’œuvre de Pitigrilli par Umberto Eco qui est tout sauf complaisante. Eco y situe bien l’œuvre de Pitigrilli, y analyse ses écrits et démonte beaucoup des prétentions littéraires de l’auteur, tout en lui reconnaissant ses nombreuses qualités, dont le « plaisir non négligeable » de lecture n’est pas le moindre! Une très belle curiosité!

Cocaïne

Pitigrilli

Séguier

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– Maxime Nadeau