Auteur: Fanie Demeule Genre: , ,
Évaluation
Rédigé par Audrey Mayer

Avec de loin une des plus belles couvertures de la rentrée littéraire 2016, Fanie Demeule s’inscrit dans le genre de l’auto-fiction, relativement populaire chez les auteur(e)s québécois(es), et l’un de mes genres préférés.

Tout commence par un bébé né prématuré qui devient un bébé-aspirateur, aspirant tout ce qui peut lui être utile pour grandir. Cependant, cette tendance ne concerne pas que la nourriture, mais tout ce qui se rapporte à la notion de plaisir. D’ailleurs, sur la quatrième de couverture, on peut lire la phrase: « Quand est-ce qu’on sait quand c’est fini? ». Par exemple, un peu plus vieille, elle embarque dans un carrousel et ne veut plus en sortir. Un peu plus tard, elle jettera son dévolu sur les pamplemousses et sa grand-mère devra l’arrêter après qu’elle en aille ingurgité sept ou huit.

Certains disent que je suis « bâtie » ou « costaude », que j’ai « des bons os ». Ma grand-mère préfère qualifier ma corpulence comme « bien portante ». Je ne suis pas sûre de comprendre cette formulation: qu’est-ce que je suis censée porter?

Puis, c’est au secondaire qu’elle prend conscience de son corps enflé par le trop plein. Il y aura un moment où un déclic se produira dans sa tête et elle refusera d’aller plus loin dans ce qu’elle considère comme une « honte viscérale ». Et comme elle voudra se débarrasser de ses règles, elle voudra se débarrasser aussi de ses livres en trop. C’est alors que commence un long périple où la narratrice doit composer avec un corps qui ne lui correspond pas et où elle essayera de le modeler selon ses désirs, mais surtout selon ses peurs.

Dans ma tête comme dans mon ventre, un vide grandit, un vide sédatif et délectable. Plus rien ne vient déranger mon esprit. Les désirs meurent en même temps que la faim. C’est la grande paix qui commence. Tout se simplifie. De semaine en semaine, je retourne au fond des choses.

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Plus encore qu’un simple roman sur les troubles alimentaires, Déterrer les os peint la complexité de vivre dans un corps auquel on ne correspond pas et le discours intérieur qu’on se tient lorsqu’on le rejette en bloc. Il y a aussi une métaphore à travers le roman du corps-scaphandre, d’être pris(e) au piège à l’intérieur d’un corps étranger, une cage dont on voudrait se libérer, briser. Peu à peu, la peur prendra toute la place, laissant monter l’anxiété avec ses crises de panique et le désir de se tapir chez soi, d’éviter les ennuis, les autres, le danger à l’extérieur…

Malgré tout je sais que mon corps veut me backstabber.

Bref, c’était délectable. Je vous le recommande.