Auteur: Olivier Bourdeaut Genre: , ,
Évaluation
Rédigé par Audrey

Quand on ouvre son roman avec une citation de Bukowski, on se met la barre haute, très haute. On a alors le choix de foirer ou d’exceller. Et Bourdeaut excelle.

« Certains ne deviennent jamais fous…

Leurs vies doivent être bien ennuyeuses. »

Charles Bukowski

Au début, le lecteur a le droit à une notice que toute cette histoire est vraie. Plus elle s’enfoncera dans le spectaculaire de la vie ordinaire de ces deux tourtereaux, plus elle souhaitera de tout son être que ça le soit.

J’ai pris un plaisir immense à lire cette histoire d’amour et de volupté qui tourne au désastre à cause de la folie envahissante des deux parties. Le lecteur a le droit à un ou deux chapitres où le narrateur est l’enfant de ces deux personnes; Puis, un chapitre en italique représentant des morceaux choisis du manuscrit que le père aurait laissé en héritage au fils.

Quand j’étais à l’école, Maman préparait beaucoup de bonnes choses à manger qu’elle confiait au traiteur qui nous les rapportait quand on en avait besoin, ça épatait les invités. Le frigidaire était trop petit pour tout le monde alors il était toujours vide. Maman invitait une foule de gens pour manger, à n’importe quel moment de la journée: les amis, certains voisins (du moins ceux qui n’avait pas peur du bruit), les anciens collègues de mon père, la concierge, son mari, le facteur (quand il passait à la bonne heure), […]. Maman était fâchée avec les horloges, alors parfois je rentrais de l’école pour goûter et il y avait du gigot et d’autres fois il fallait attendre le milieu de la nuit pour commencer à dîner. Alors nous patientons en dansant et en avalant des olives.

Bref, on suit le fils qui verra sa mère internée pour cause de folie et qui préparera son enlèvement, avec son père, de cet asile de fous. Il y a le contenu puissant, la poésie du texte, le fait qu’elle soit vraie et qu’elle le paraisse, mais surtout, il y a l’extravagance d’une histoire loin d’être ordinaire et d’un fort lien familial. Le gamin est né dans un monde différent du commun des mortels. Il apprend la « normalité » (qui est loin d’être dans les standards) à travers les fêtes que sa mère extravagante organise avec des gens tous plus spéciaux les uns que les autres, et ce, à presque chaque jour. Son père appelle sa mère par un nom différent chaque deux jours. Tout ce qui pouvait être associé à l’ennui était chassé de la vie de l’enfant (sauf l’école au départ… mais ça non plus, ça ne tiendra pas la route). Les parents dansent tout le temps, brisant des objets au hasard de leur pas, sur le même vinyle de Nina Simone. Ils sont tous insouciants, heureux, mais la folie rôde comme une maladie psychologique envahissante…

Bref, je le recommanderais chaudement à qui que ce soit parce que le roman est empreint de subtilités et de tendresses vraies. L’amour que vit le couple est saisissant. Le plaisir que vous fera ressentir Bourdeaut à lire son texte l’est tout autant. On lui pardonne les stéréotypes (encore plus si c’est une histoire vraie puisqu’on ne peut pas modifier les évènements).

Nous aussi, nous avons eu notre lot de fous rires tristes. Lors d’un dîner durant lequel un invité n’arrêtait pas de dire « je parie mon slip » à chaque fois qu’il affirmait quelque chose, nous avons vu Maman se lever, remonter sa jupe, baisser sa culotte, l’enlever et la jeter au visage du parieur, pile-poil sur le nez. La culotte avait volé, traversé la table en silence et atterri sur son nez. C’était arrivé comme ça, pendant le dîné. Après un court silence, une dame s’exclama:
– Mais elle perd la tête!

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