La collection « Hamac » des éditions du Septentrion a publié plusieurs des meilleurs titres d’autofiction des dernières années au Québec, qu’on pense à Prague de Maude Veilleux, Déterrer les os de Fanie Demeules et Queues de Nicholas Giguère, qui avaient en commun la radicalité de leur démarche. Comme son titre le laisse présager, Grosse de Lynda Dion ne fait pas exception :

« je n’écris pas ce texte dans le but de me raconter je ne cherche pas non plus à témoigner de ma situation de femme aux prises avec un surpoids j’écris pour dire la vérité

je n’invente rien c’est comme ça je n’en vois pas l’utilité

je ne fais pas de la littérature c’est elle qui me fait me structure me construit m’apprend à vivre c’est à cause d’elle si je m’expose sans tricherie et que je prends tous les risques » (p. 159)

C’est sans filtre que nous accédons, par l’écriture ciselée et sans ponctuation de Dion, aux pensées d’une grosse, à ses souvenirs, à son regard terrible sur elle-même, à sa réaction aux regards et aux dires des autres, à son mal-être et à ses pensées suicidaires. On y constate que la compulsion de dévorer est pulsion de mort, et l’obésité, une « burka de chair » (p. 32) qui, plutôt que de camoufler, dévoile le mal de vivre. Oui, le regard des autres dérange, mais la narratrice demeure sa plus grande bourrelle, elle qui ne ménage pas les insultes à son propre égard.

On ressort de Grosse chamboulé, car l’autrice réussit son pari de nous faire accéder à une autre vérité, sa vérité, et par le fait même, d’un peu mieux comprendre le monde. N’est-ce pas là une des « fonctions » de la littérature?

 

Grosse

Lynda Dion

Septentrion, coll. « Hamac »

carcajou.lbrs.ca/2mESyIjQ

– Maxime Nadeau