En magasin dès le 12 août!

Rédigé par Audrey Mayer

Mon amitié avec Marie-France est née suite à ses multiples invitations Facebook pour participer à des événements littéraires. C’est d’ailleurs de cette manière que j’ai découvert le collectif Nos plumes comme des armes / Our Words As Weapons, un recueil de poésie engagé et bilingue ayant comme thématiques principales le sexisme et le racisme. Comme celui-ci est auto-distribué, nous avons accepté une consignation de la part d’Élizabeth Massicolli afin d’en avoir quelques exemplaires en magasin. Celle-ci a accepté de discuté un peu avec moi de la conception de ce recueil. Entrevue.

Q : Depuis combien de temps vous adonnez-vous à l’écriture et qu’est-ce qui vous a poussé vers celle-ci?

R : J’écris depuis toujours, surtout pour le plaisir. Je ne pensais pas que ça deviendrait mon métier, mais c’est ce qui est arrivé: je suis aujourd’hui journaliste et éditrice. J’adore travailler avec les mots et je m’estime chanceuse de pouvoir gagner ma vie avec quelque chose qui me passionne. Je travaille dans le milieu de l’écriture depuis bientôt six ans, mais je n’ai encore jamais publié de fiction. C’est sur ma to do list!

Q : Comment vous est venue l’idée de ce recueil?

R : Ce recueil, je l’ai décrit comme un plaster sur mon sentiment d’impuissance, et je ne trouve pas de meilleure image. C’est suite à l’élection de Trump, puis à l’attentat à la grande mosquée de Québec (qui a emmené son lot de propos racistes et xénophobes) que mon idée s’est concrétisée. J’avais envie d’aider, de faire ma part, aussi petite soit-elle. L’idée première était de recueillir des fonds pour des organismes impliqués dans l’accueil des réfugiés et des immigrants au Québec. Rapidement, cependant, le projet de recueil s’est imposé. J’avais envie d’amasser de l’argent, oui, mais aussi de passer un message. Et, en y pensant bien, je me suis dit que ce n’était peut-être pas à moi de prendre la parole, étant extrêmement privilégiée. J’ai laissé la parole à des femmes qui vivent aux premières lignes les problématiques que je voulais  dénoncer. L’activiste Su’ad Abdul Khabeer a écrit : «You don’t need to be a voice for the voiceless. Just pass the mic.» Ça m’a beaucoup inspiré dans ma démarche.

Q : Quels en étaient les buts et les implications politiques et personnelles pour vous et les auteures?

R : Je ne peux pas parler pour les auteures. Je crois qu’elles ont chacune leur raison d’avoir participé au projet. Pour ma part, dans le climat social actuel, teinté de xénophobie et d’antiféminisme, j’avais envie de faire rayonner la voix – et la colère – de femmes de tous les horizons, tout en amassant des fonds pour des organismes qui luttent de front contre l’intolérance. J’avais aussi envie de créer du beau et, en voyant la communauté qui s’est créée autour de Nos plumes comme des armes, je peux dire que j’ai réussi. Le livre en tant que tel est magnifique, mais les rencontres et les discussions qu’il a engendrées entre les auteures et les lecteurs le sont encore plus.  

Q: Pourquoi avoir choisi de faire un recueil bilingue?

R: Simplement pour qu’il soit le plus inclusif possible.

Q : Vous vous étiez donné un objectif précis pour publier ce recueil, soit celui d’avoir 60% de femmes racisées participantes. Fut-ce un objectif difficile à réaliser? Comment avez-vous procédé?

R : Oui, et j’ai été transparente dans cette démarche depuis le début du projet. Je trouve qu’on entend souvent les mêmes voix – des voix de femmes qui me ressemblent : blanches, hétérosexuelles, cisgenres – et je voulais sortir du cadre habituel. Ça n’a pas été facile. Je me suis rendu compte que mon réseau était vraiment homogène et qu’organiquement, je n’arrivais pas à avoir beaucoup de soumissions de femmes racisées. Pour élargir mon cercle, j’ai dû contacter des groupes de femmes et des organisations qui m’ont grandement aidé en relayant mon appel de textes. Et au final, j’ai réussi à rassembler des femmes toutes plus inspirantes les unes que les autres, mais aussi toutes différentes. C’est selon moi ce qui fait la beauté – et la force – du recueil.

Q : Avez-vous dû refuser la participation de collaboratrices afin de garder ce ratio intact?

R : Oui, j’ai fait un choix dans les différents textes reçus afin de respecter ce ratio, mais aussi pour créer une ligne éditoriale forte et cohérente. Au final, 33 textes et 17 illustrations se retrouvent dans le recueil.   

Q : Quel est le fil conducteur de ce recueil? Qu’est-ce que les lecteurs et lectrices doivent s’attendre à y retrouver?

R : J’aime dire que le fil conducteur du recueil, c’est une douce colère. Quelques fois remplie d’espoir, d’autres fois empreinte d’une rage sourde. En tant que femmes, on se fait souvent dire que, si on est en colère, notre message passe moins bien. Mais je pense que dans le contexte social actuel, c’est tout à fait légitime d’être fâchées, et je suis contente d’avoir créé une plateforme où les femmes se sentaient libres de s’exprimer. De se vider le cœur de la sorte a aussi créé un fort sentiment de solidarité entre les auteures, ce qui me rend encore plus fière du projet.

Q : Quelle a été votre plus belle rencontre artistique (avec un livre, un auteur, un lecteur ou autre) ?

R : C’est décidément d’avoir rencontré presque toutes les auteures du recueil lors du lancement, le 14 juin dernier. Les voir fières du résultat final, échanger entre elles, se faire de nouveaux contacts. C’était une soirée effervescente de beauté et de solidarité. J’en ai eu les larmes aux yeux durant la soirée.   

Q : Quelles sont vos principales références, inspirations (littéraires ou autres)?

R : Je lis beaucoup, surtout des romans québécois. Je viens tout juste de finir Sauf que j’ai rien dit, de Lily Pinsonneault et Janvier tous les jours de Valérie Forgues. Les deux m’ont beaucoup touché. Mes inspirations changent au gré de mes lectures, qui varient vraiment dans leur genre.  

Q : Outre la littérature, quelle(s) forme(s) d’expression vous intéresse(nt) ?

R : La musique! Je travaille en culture et il joue toute sorte de trucs dans mes oreilles. Je suis curieuse et j’essaie de découvrir de nouveaux artistes le plus souvent possible. Ç’a toujours été un rêve pour moi d’écrire des paroles de chansons, d’ailleurs. Un jour, peut-être…

 

Tous ceux et celles qui apprécient la poésie et l’art visuel pourraient aimé ce recueil, car il y en a vraiment pour tous les goûts, mais ce recueil est surtout pour ceux et celles qui sont indigné(e)s de vivre dans un monde où l’homme est considéré comme le genre dominant et les femmes sont mises entre parenthèses lorsqu’on veut bien leur faire un peu de place. Lire Nos plumes comme des armes, c’est cathartique.