Rédigé par Marie-France Dutil Bourassa

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Voici la deuxième entrevue écrite que j’ai réalisée dans le cadre de la journée « Le 12 août, j’achète un livre québécois! » pour la librairie Carcajou. Il faut d’abord que vous sachiez que j’ai découvert Pivot de la même manière que « Daniil et Vanya », c’est-à-dire en lisant plusieurs romans de jeunes auteures québécoises. Je vous donnerai les titres de ces neuf (oui 9!) romans que j’ai lus comme enchaînés l’un à l’autre, petit peu par petit peu, tous ensemble. Pour en venir à Pivot de Marie-Ève Cotton, je ne passerai pas par quatre chemins… ce roman m’a carrément bouleversée. Pourquoi? Allons-y directement, la maladie mentale me touche personnellement, il y a des membres de ma famille proche qui en sont affectées. Ce que j’ai adoré de ce roman, c’est justement la façon dont la maladie mentale est abordée. En deux mots (ou presque), Marie-Ève Cotton a réussi à dédramatiser la maladie mentale et à la rendre drôle sans tomber dans la caricature. Ce roman m’a beaucoup touchée et fait pleurer. Cependant, dans ma famille on a tendance à dire « Vaut mieux en rire qu’en pleurer! » et « Pivot » réussi tour à fait à ce niveau. J’ai souvent ri aux larmes. C’est une oeuvre qui réussit à faire comprendre à quel point les gens internés en psychiatrie ne sont pas juste leur(s) maladie(s). Ils sont d’abord et avant tout humains. Merci Marie-Ève d’avoir écrit ce Pivot. Cette lecture va résonner encore longtemps en moi. À ceux et celles qui lisent ces lignes, j’espère que cette entrevue vous donnera envie de rencontrer Pivot, Jésus, Le Goéland, Le Chat, Mary, Passe-Partout et la voisine de Pivot. (Comme lectrice et étudiante en littérature, j’essaie toujours d’avoir une position critique face aux livres tout en me laissant avoir une lecture personnelle.)

Q : Depuis combien de temps vous adonnez-vous à l’écriture et qu’est-ce qui vous a poussé vers celle-ci?

R : J’ai commencé à écrire Pivot il y a 7 ans. Je n’avais alors aucune expérience d’écriture artistique, seulement celle de publications scientifiques (et les deux n’ont vraiment rien en commun, outre l’alphabet !). J’ai donc appris l’écriture romanesque à travers la rédaction de Pivot.

C’est la lecture qui m’a poussée vers l’écriture. Durant l’adolescence, je suis tombée en amour non seulement avec la littérature, mais aussi avec les écrivains. J’avais une telle admiration pour ces gens capables de mettre en mots des dimensions de la nature humaine si complexes que je les croyais indicibles… J’ai immédiatement rêvé d’écrire. Mais l’identité de «soigneur» a toujours été très forte en moi, également, et quand est venu le temps de faire mon choix de programme à l’université, j’ai vécu un dilemme déchirant: la médecine ou les lettres ? J’étais in-ca-pa-ble de décider, j’en pleurais encore la veille de la date limite des applications. J’ai fini par choisir la médecine par incapacité totale d’abandonner complètement l’une des deux options: je pourrais écrire un jour parallèlement à ma pratique médicale, mais si je choisissais les lettres, je ne pourrais pas faire de la médecine en sideline.

Q : Comment vous est venue l’idée de ce roman? Comment avez-vous développé la structure de votre récit avec cette foule de personnage colorés?

R : Le noeud dramatique dans Pivot est la tentative de suicide, dans un hôpital, d’une patiente inuite, enceinte et psychotique, qui restera ensuite plusieurs semaines dans le coma avant de mourir. C’est ce qui est arrivé à l’une de mes patientes inuites (enceinte elle aussi…) il y a une dizaine d’années, alors qu’elle était hospitalisée sous mes soins. Cette tragédie m’a profondément marquée, comme être humain et comme psychiatre. J’étais atterrée et je me sentais terriblement coupable de ne pas avoir pu empêcher sa mort. Durant les semaines où elle est demeurée dans le coma, j’avais l’impression d’avoir sous mes yeux non seulement son drame personnel, mais une métaphore de la condition actuelle des autochtones: des êtres suspendus entre la vie et la mort, gravement blessés par les violences coloniales, mais vivants en dépit de toute la précarité de leur condition, et fertiles, porteurs de créativité, porteurs de vie. Quand j’ai commencé à écrire Pivot, l’histoire du roman s’est articulée naturellement (presque automatiquement) autour de ce noeud dramatique et de cette métaphore qui me hantaient. Comme si, quand on prenait la plume, sans qu’on s’en rende vraiment compte, la trame narrative de nos histoires glissait toute seule dans nos fêlures les plus profondes, comme l’eau dans des rigoles.

Pour ce qui est des personnages colorés, c’est simple, j’en suis remplie. Depuis 15 ans, mon quotidien professionnel consiste à dialoguer avec des gens qui souffrent de maladies mentales. Toutes leurs histoires de vie se sont déposées en moi, j’en suis maintenant porteuse. Quand elles ressortent dans mon écriture, ce n’est pas sous la forme de l’histoire exacte de tel ou tel patient. Ce sont des amalgames, des reconstitutions et «du concentré» de tous les patients que j’ai soignés dans ma vie.

Q : Est-ce que ça a été difficile de représenter des patients internés dans une aile psychiatrique sans tomber dans le mélodrame ou la caricature?

R : Dans le mélodrame, non, parce que j’évolue dans l’univers psychiatrique au quotidien et je constate que dans la réalité, les patients ne baignent pas toujours dans la tragédie. Ils ne se résument pas à leur diagnostic, ils ont aussi leur personnalité, leur histoire (avec ses joies autant que ses peines), leur sens de l’humour. De plus, leur maladie n’est pas constamment active, certains guérissent, plusieurs se rétablissent, tous ont au moins leurs bons jours… Je connais bien les côtés lumineux des gens atteints de maladie mentale, ils en ont tous, et je savais que je serais capable d’en témoigner dans mon roman.

Éviter la caricature m’a demandé plus de vigilance, parce qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement «exotique» et caricatural dans la psychose. Un Haïtien qui se prend pour Jésus-Christ, un homme qui veut se lancer du haut du pont Jacques-Cartier parce qu’il croit pouvoir voler, un vieux sans-abris qui jase avec des lilliputiens invisibles… ce sont des manifestations communes de la schizophrénie, mais pour qui n’est pas familier avec l’univers psychiatrique, bien entendu, ces personnages sont plus grands que nature. Je voulais présenter la forme des symptômes dans mon roman, car je sais que les maladies mentales sont peu connues. Mais je ne voulais pas que le lecteur soit obnubilé par cet «exotisme», qu’il reste enfermé dedans, parce que tout ça demeure une couche superficielle chez les gens atteints de maladie mentale. Plus profondément, il y a leur humanité et son universalité: le besoin d’aimer et d’être aimé, le besoin de s’accomplir, le besoin d’être utile, le besoin d’appartenir à une communauté… et c’est ce que je voulais faire ressortir davantage que leur surface caricaturale. C’est la partie la plus importante. C’est par là qu’on connecte avec eux, qu’on érige plus de mur hermétique entre «nous» les “normaux”, et «eux» les malades, «eux» les “fous”, «eux» les Autres.

Q: Parlant de caricature, l’univers décrit dans Pivot est décrit comme “tragicomique” dans un récent article que vous avez fait avec Le Devoir. Ce terme désigne de façon très juste votre roman. Ceci étant dit, est-ce que ça a été difficile de trouver le ton juste pour parler de personnes atteintes de maladies mentales?

R: Oui. Je voulais aborder les thèmes de la souffrance associée à la maladie mentale, du suicide, de la détresse dans les communautés autochtones… Ce sont des sujets lourds et je ne voulais pas assommer le lecteur. Personnellement, je n’aime pas lire des romans saturés de «pathos», démesurément lyriques, s’appliquant à «se gratter la gale pour que surtout, elle n’arrête pas de saigner…», alors je ne voulais pas en écrire un. Je me méfie aussi de toutes les oeuvres (et de tous les gens) qui n’ont pas un peu d’autodérision ! Il était donc essentiel pour moi d’apporter une contrepartie de légèreté et de gaieté dans Pivot, dans une optique d’équilibre entre l’ombre et la lumière. La dimension comique du roman et la présentation du côté lumineux des gens atteints de maladie mentale ont constitué cette contrepartie. Ce côté lumineux, comme je le mentionnais plus haut, je n’ai pas eu à l’inventer, il existe dans la réalité, je n’ai eu qu’à en témoigner.

Q : (Vous êtes psychiatre autant à Montréal qu’au Nunavik.) Est-ce que c’était important dès le départ du processus d’écriture d’inclure un personnage, tel que Mary, qui vient de la communauté autochtone?

R : Oui. Je crois qu’on écrit sur ce qu’on connaît et sur ce qui est important pour nous. Depuis 18 ans, je passe le huitième de mon temps au Nunavik. Les Inuits, tout comme les gens atteints de maladies mentales, sont importants pour moi, importants dans ma vie, et je sais qu’ils sont très peu connus de la plupart des gens. Je ne sais combien de fois durant ces 18 ans je me suis dit: «Ah ! Si les gens voyaient ce que je vois, s’ils entendaient ce que j’entends, ils comprendraient combien les autochtones sont des gens intéressants, combien on n’a aucune justification de les regarder de haut comme on le fait trop souvent, leurs préjugés fondraient comme neige au soleil !». Je trouve triste pour les autochtones qu’on les ostracise parce qu’on les blesse davantage, et ce, injustement. Mais honnêtement je trouve cet ostracisme tout aussi triste pour nous. On se pénalise nous-mêmes en se privant du plaisir et de l’occasion de les connaître davantage, d’élargir et d’approfondir notre compréhension du monde, de mieux connaître notre histoire collective… Alors le personnage de Mary est en quelque sorte l’écho de mon «Ah ! Si les gens voyaient ce que je vois, s’ils entendaient ce que j’entends…»

Q : Avec ce premier roman, est-ce que c’était important pour vous de donner une voix aux gens qui souffrent de maladies mentales?

R : À partir du moment où j’ai décidé d’écrire sur la maladie mentale, c’était clair pour moi que je voulais le faire du point de vue des personnes malades, donc que la narration se ferait à travers un patient. Pourquoi ? Parce que le point de vue des soignants est davantage connu, ils ont une voix dans l’espace collectif. Les personnes atteintes de maladies mentales en ont très peu, voire aucune. Leur stigmatisation les amène à s’isoler, à cacher leur maladie, de telle sorte que les gens entendent très rarement la narration de l’expérience de la maladie mentale du point de vue des patients. Oui, je voulais leur donner cette voix, parce qu’elle est cruellement manquante. Et parce que l’ostracisme qu’on leur impose relève du manque d’empathie à leur égard. Or, l’empathie naît de la capacité de se mettre à la place de l’autre, de s’imaginer dans ses bottines. C’est pour cette raison que c’est si important de pouvoir se représenter la maladie du point de vue des patients.

Q : Dans le même article que vous avez fait avec Le Devoir, vous terminez en répondant que vous étiez inquiète de la réaction de vos patients. Comme s’ils allaient mal le prendre que vous ayez adopté la voix d’une personne atteinte de maladie mentale. Pourtant, jusqu’à maintenant vous avez reçu plusieurs opinions positives de vos patients et certains vous ont même demandé si vous étiez prête à écrire leur histoire. Est-ce que le passé de certains de ces mêmes patients pourraient être la trame narrative d’un prochain roman?

R : J’ai été extrêmement touchée que plusieurs de mes patients réagissent à mon livre en me demandant: «Dans votre prochain livre, pourriez-vous écrire mon histoire à moi ?». Je ne l’ai pas vu venir. J’avais plutôt imaginé que certains patients pourraient s’inquiéter que j’utilise des bouts de leur histoire et les expose ainsi en public. Je m’étais aussi demandée comment ils percevraient le fait que dans Pivot, le narrateur est une personne atteinte de maladie mentale, donc que le roman s’approprie la perspective du patient. J’aurais compris que des gens s’en irritent, qu’ils me demandent comment je pouvais prétendre comprendre le point de vue du malade, moi qui ai eu un parcours de vie si privilégié comparé à une personne atteinte de schizophrénie. Mais personne ne s’en est offusqué. La réaction de mes patients témoignent plutôt que ce qu’ils redoutent le plus, ce n’est pas les bris de confidentialité ni ma prétention, c’est de continuer à ne pas avoir d’espace ni de voix dans l’espace collectif, d’être ostracisés, de n’exister aux yeux de personne. Ils savent qu’en tant que médecin, j’ai une voix, et même une voix privilégiée, dans l’espace collectif. Je crois qu’ils ont vu à travers moi, à travers mon écriture, un petit espoir d’exister, d’être entendus.

Mais même si j’ai été très émue par leur réaction, je ne m’imagine pas écrire l’histoire véritable d’un de mes patients en particulier (ou de qui que ce soit) tout simplement parce que ce n’est pas mon processus de création. Dans Pivot, il n’y a aucun personnage qui correspond exactement à une personne que j’ai soignée. Ils sont tous des amalgames. Cela dit, il y aura toujours des parcelles de mes patients dans mes personnages.

Q : Quelle a été votre plus belle rencontre artistique (avec un livre, un auteur, un lecteur ou autre) ?

R : Ah ! Il y en eu tellement… Je ne saurais dire laquelle est la plus belle, alors je vais y aller avec la première vraie rencontre marquante: Romain Gary. C’est à travers lui que je suis tombée en amour avec la littérature. Adolescente, j’ai lu La vie devant soi, Gros-câlin, La promesse de l’aube, Les racines du ciel… Je ne me souviens plus dans quel ordre, mais je me souviens parfaitement des sommets de ravissement que j’ai atteints en les lisant !

Q : Quelles sont vos principales références, inspirations (littéraires ou autres)?

R : Les auteurs que j’ai le plus de plaisir à lire sont Romain Gary, Julian Barnes, David Foenkinos… Je pourrais allonger la liste de ces écrivains qui manient parfaitement l’humour intelligent et le mettent au service d’histoires touchantes, pleines de sensibilité et de profondeur. J’aspire à écrire de cette façon.

Il y a aussi des écrivains devant qui je suis carrément béate d’admiration : Céline, Dostoïevski, Camus, Zweig… Mais dans leur cas, je trouverais prétentieux de parler de source d’inspiration. Ils sont dans le registre du génie littéraire, je me contente de contempler leur talent !

Q : Outre la littérature, quelle(s) forme(s) d’expression vous intéresse(nt) ?

R : J’adore le cinéma, la danse et l’art pictural.

Q: Vos patients ont reçu votre livre beaucoup mieux que ce à quoi vous vous attendiez. Comment ont réagi vos collègues psychiatres et le milieu hospitalier?

R: Les collègues qui m’ont donné de la rétroaction au sujet du roman m’ont dit qu’ils l’avaient apprécié et qu’ils y avaient reconnu le milieu psychiatrique tel qu’il est. La rétroaction négative est plus difficile à exprimer à un collègue, alors je ne prends pas pour acquis que parce que je n’en ai pas reçu, tous ont apprécié le roman. Cette unanimité est hautement improbable, en fait, parce qu’il y a dans Pivot une critique de la psychiatrie, du narcissisme du corps médical (la tirade que fait Pivot au sujet de ses anciens psychiatres n’est pas très flatteuse…), du paternalisme dans les unités hospitalières (dont le personnage de l’infirmière surnommée Passe-Partout est l’emblême), du manque d’empathie de certains soignants… Je tenais à cette critique parce qu’elle m’habite à tous les jours, mais je la souhaitais empreinte de ma propre autodérision en regard de mon rôle de soignante. Je ne voulais pas faire une critique sensationnaliste de la psychiatrie en me positionnant comme l’héroïne supérieurement lucide et humaniste, celle qui a compris mieux que tous les autres comment le système de santé devrait fonctionner… Quand on dénonce le narcissisme en adoptant soi-même une position narcissique, on perd un peu en crédibilité et en impact !

Q: En tant que lectrice et libraire, une question m’intrigue et doit sûrement intriguer plusieurs lecteurs de votre oeuvre. Vous êtes une médecin psychiatre qui exerce à Montréal et vous allez régulièrement exercer votre profession au Nunavik, par intérêt d’abord et avant tout. Comment avez-vous réussi à concilier votre travail et l’écriture de votre roman? Aviez-vous un rituel d’écriture?

R: Je n’oserais pas parler de «conciliation réussie». Il me semble que durant les 7 ans qu’a duré la rédaction de Pivot, mon horaire de vie «tenait de peur», et que je me situais davantage dans l’éparpillement chaotique que dans la conciliation travail-écriture-vie personnelle-Nord-Sud équilibrée !! Je suis surprise et heureuse d’y être arrivée…

Oui, j’ai un rituel d’écriture. Je suis incapable d’écrire par petites tranches de quelques heures à la fois. Quand je rédige, je dois me «déposer» dans un état d’esprit qui permet l’écriture et pour ce faire, j’ai besoin de blocs d’au moins une semaine durant lesquels je ne fais qu’écrire (faire passer mon cerveau du mode «médecine» au mode «écriture», c’est comme tourner un paquebot…). Durant 7 ans, j’ai donc consacré mes vacances à la rédaction de Pivot (vacances limitées en quantité par le fait que je dois déjà prendre des «vacances» de mon travail à Montréal pour aller travailler au Nunavik). J’écrivais toujours en Gaspésie, d’où je suis originaire, et où mes parents ont gardé une maison familiale. Comme mon temps était restreint, j’écrivais chaque jour de 10h à 23h, en prenant quelques pauses pour aller marcher sur la plage ou dans la forêt avec mes deux cockers, illustres dépendants affectifs plus qu’heureux de pouvoir me coller aux baskets à la journée longue plutôt que de me voir partir à l’hôpital. Écrire en dehors de mon domicile habituel, en dehors de la ville où je vis et où je travaille, dans la tranquilité de la Gaspésie, loin de la sur-stimulation urbaine, m’aidait à focusser uniquement sur l’écriture et à atteindre l’état d’intériorité nécessaire pour écrire. Le fait de me retrouver dans l’univers de mon enfance m’aidait aussi, je crois. L’enfance, c’est l’époque de l’imaginaire et des émotions brutes, non encore domestiquées.

Q: Prévoyez-vous écrire un autre roman dans le futur? Si oui, se déroulera-t’il dans l’univers de la psychiatrie aussi?

R: Oui, je veux écrire un second roman. J’ai déjà le synopsis de l’histoire en tête, je commence à écrire mes idées, des passages. Il ne se déroulera pas dans l’univers de la psychiatrie. Il mettra en scène des personnages qui n’ont pas de maladie mais qui, dans un certain contexte, vont poser des gestes démentiels. En ce sens, il aura plutôt une teneur «dé-médicalisante» et s’inscrira dans ma critique de la «sur-médicalisation» des émotions humaines.

Un jour, j’écrirai probablement un autre roman sur la maladie mentale, mais pas tout de suite, parce que je dois évoluer comme auteure. Je ne veux pas être seulement une «psychiatre qui écrit», je veux devenir une écrivaine à part entière, m’engager dans une vraie démarche littéraire. Une telle démarche implique d’explorer, de sortir de ma zone de confort, de me mettre en danger… J’imagine que naturellement, on commence par écrire sur ce qu’on connaît le mieux. Mais à un moment donné, je crois qu’il faut sauter dans le vide en espérant que notre imaginaire et le processus créatif formeront éventuellement un sol sous nos pieds.

Je tiens à remercier Marie-Ève Cotton pour sa générosité dans cette entrevue. En composant les questions j’étais très stressée, d’autant plus que j’ai lu un article du Devoir qui venait tout juste d’être publié. À ce moment-là, j’ai même mentionné à Marie-Ève à quel point je ressentais de la pression et elle m’a rassurée. Bref, Pivot autant le roman que le personnage sont très attachants. Pour un premier roman, l’auteure n’a pas manqué d’audace en installant son univers narratif dans l’aile psychiatrique d’un hôpital. Elle réussi à nous faire rire et pleurer et aussi à démystifier plusieurs préjugés sur le monde de la psychiatrie et ses patients. C’est donc non seulement une belle oeuvre de fiction, mais aussi un roman porteur de vérités. Merci infiniment.