À la suite de la mort tragique de la benjamine de la fratrie, ses frères et sa sœur, âgés de cinq, neuf et onze ans, sont retirés de la société par leur mère. Reclus dans une maison ceinte d’un haut mur de briques, ils doivent oublier leur prénom et en choisir un nouveau dans l’encyclopédie des sciences pour enfants, legs d’un père éditeur d’encyclopédies. Les encyclopédies paternelles désuètes moisissant sur les tablettes du cabinet de lecture deviennent bien ironiquement la seule voie des enfants pour rejoindre le monde extérieur.

La narration fait des aller-retour entre la vie de ces enfants, dont la poésie des chants, des jeux et de la routine transcende leur état de captifs, et la vie quotidienne de monsieur Ambre, vieil enfant du milieu de la fratrie, qui coule des jours paisibles à la maison de retraite des artistes. 

Il est difficile, voire impossible, de ne pas penser aux trumeaux (triplets) de L’arrache-cœur de Boris Vian, eux aussi aux prises avec la folie d’une mère aimante, mais surprotectrice, qui finit également par les emprisonner pour les protéger. 

Quand l’amour mue-t-il donc en emprise? Voire même en cruauté? Les deux romans se posent la question, non sans poésie. 

Instantanés d’Ambre est sans conteste un bel objet littéraire, et Yôko Ogawa est l’une de mes belles découvertes estivales.

Sa plume légère, voire scintillante, un peu à l’image de la lumière évoquée à maintes reprises, est d’une précision chirurgicale saisissante. Et ce contraste surprenant nous maintient douloureusement en équilibre sur un mince fil entre émerveillement devant la grâce du monde et stupeur devant l’implacabilité du temps qui passe.

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– Karine Gordon